Interview faite par Osamu Kobayashi et issue du booklet français de l'édition de .hack//SIGN OSST 1 chez Wasabi Records. Merci à Machiro.

01 - Réalité, fiction et une pincée de surréalisme

La première indication que j’obtins fut une ébauche très approximative des trois premiers épisodes de l’intrigue et de l’univers où se déroule l’histoire. Il y était question d’un personnage principal plutôt sombre (mais néanmoins sympathique, bien sûr), et j’avais de grands espoirs quant à la manière dont le réalisateur Mashimo rendrait ma musique visible dans son travail. Écrire de la musique pour un univers de jeux vidéo peut sembler difficile, mais en y réfléchissant bien, on trouve mille manières de rendre ce travail créatif et palpitant. La directive principale pour la bande originale de «.hack//SIGN»était « d’accentuer l’étrange et le surnaturel » et de ne pas oublier que l’histoire se déroule dans un univers de jeux. Un aspect fondamental du film est que le décor est planté dans un univers irréaliste : ainsi, la musique devait impérativement réunir ces deux mondes. Les personnages ne sont pas réels : cela signifie que Tsukasa n’est pas réel, et que le personnage réel se trouve dans un autre univers. Lorsque j’écris de la musique pour animes, j’ai tendance à rester au plus près de l’univers réel ; dans le cas présent, je dus toutefois m’en éloigner considérablement. Le faite que ".hack//SIGN" se déroule dans un univers irréel ne le distingue pas d’autres animes : la différence est que derrière cet univers se trouve une société réelle. Autrement dit, l’univers dépeint dans le dessin animé ne correspond pas à la réalité, mais le monde est défini comme un lieu surréel. De manière générale, l’aspect irréel doit être souligné par une musique qui éloigne le spectateur de l’univers réel. Par exemple, lorsqu’un anime se déroule simultanément dans un univers réel et irréel, la musique doit être entièrement différente pour les deux univers. Toutefois ".hack//SIGN" est profondément ancré dans un univers de jeux, sans référence au monde réel. Ainsi, lorsque j’intègre le tout au contexte de l’univers irréel, l’effet de contraste avec l’univers réel vient à manquer. Les personnages du jeu sont convaincus que leur univers est réel, ce qui complique encore davantage les choses (rires). Pour cette raison, j’ai renoncé à un grand nombre d’éléments surréels dans la musique. J’ai souhaité préserver la beauté de l’ambiance évoquée par les sons et ne recourir qu’à un nombre réduit d’éléments surréels afin de rendre sa fluidité au récit. Pour ce dessin animé, le mot-clé est : "une pincée de surréalisme".

02 - Lubies, liberté de travail et musique au-delà de toute attente

Jadis, lors de mes collaborations ultérieures avec le réalisateur Mashimo, je fus choquée par une très longue chanson qui s’étirait à travers tout son film, du début à la fin. ".hack//SIGN" me troubla de manière similaire. Ma réaction spontanée fut : "est-ce vraiment acceptable ? (rires). N’avez- vous pas besoin d’alterner les morceaux, de les combiner ?". Au début du premier épisode, je me demandai quand est-ce que le morceau allait prendre fin. Mais ils utilisèrent le morceau entier, sans en changer une seule note. J’étais surprise par cette économie de moyens (rires). Il est vrai que c’est bizarre pour un compositeur de demander s’il est acceptable d’utiliser la chanson ainsi…

Si mes souvenirs sont bons, sa réponse fut : "Cette animation se déroule dans un univers de jeux, et les scènes sont courtes. Voilà pourquoi la musique devrait être brève.". Soit j’ai mal compris, soit j’ai mal entendu.

La plupart des séries animées se fondent sur une chanson déclinée en plusieurs versions, mais le réalisateur Mashimo insistait sur le fait qu’il aimerait plusieurs chansons complètes plutôt que plusieurs versions de la même chanson. Voilà pourquoi il ne se contente jamais d’utiliser plusieurs versions de la même chanson. C’est aussi la raison pour laquelle le personnage principal a plusieurs chansons-thème. J’étais tentée de lui demander s’il cherchait à rendre le compositeur dingue. Mais une fois que l’on se met au travail, le processus d’écriture devient un véritable plaisir. Normalement le compositeur reçoit une liste comprenant des directives qui portent des titres tels que "Mystérieux 1, 2, 3" ou "Chanson d’angoisse 1, 2, 3", ou quelque chose de ce genre. Mashimo, lui, a une manière fort originale d’intituler ses morceaux, par exemple "Ça fait peur !" ou "Qu’est-ce que c’est ?". La chanson "Sit Beside Me" ("Assieds-toi près de moi") s’intitulait ainsi "Thé Oolong" ! Bien sûr, il lui est arrivé de me donner des indications précises, mais dans l’ensemble, j’avais beaucoup de liberté dans mon travail. Il ne m’a jamais fait écouter un groupe en me disant : "Voilà le son que je veux !". Il ne s’agit pas de suivre ses idées à la lettre, mais de me donner la possibilité d’écrire la musique telle que je la conçois. Au cours de ce travail, je fais de mon mieux pour rendre justice à ses idées. Il ne me dit jamais si les choses sont bonnes ou mauvaises : son but est de permettre aux artistes de trouver leur musique.

Autre anecdote : son titre provisoire pour la chanson "Where the Sky is High" était "Bungee Jump From a Very High Place" ("Saut à l’élastique depuis un endroit très élevé") - ça m’a bien fait rire. Mais c’est vrai que l’image du saut à l’élastique correspond parfaitement aux images, mieux que "la chanson ouverte et libre". Du moment où l’on prend Bungee Jump comme titre, tous les coups sont permis. On peut utiliser des percussionnistes japonais, des rythmes africains, ou un piano. Lorsque je lui demandai : "Ça plane ?", il répondit : "non". Planer ou ne pas planer - dans le saut à l’élastique, cela fait une grosse différence. Il insiste vraiment sur l’essentiel, ce qui me permet de faire les bons choix plus aisément.

Par conséquent, j’ai sans arrêt des mélodies en tête quand je parle d’un projet avec Mashimo. Au cours de la réunion pour ce projet, j’eus trois idées de mélodies que j’enregistrai aussitôt. Celles-ci ne doivent toutefois pas être utilisées constamment et à tout prix. Je crois que je n’ai pas encore réellement saisi les préférences musicales de M. Mashimo, mais c’est un excellent réalisateur, et c’est une joie d’observer la manière dont il utilise ces chansons dans son travail.

03 - Musique vocale dans les chansons-thème des personnages principaux

Lorsque je compose de la musique pour certaines scènes, je planifie le tout minutieusement. En revanche, quand j’écris une mélodie pour un personnage, je reste fidèle à ma première idée. Composer des chansons sur le vif plutôt que de se casser la tête est une méthode de travail plus efficace pour moi. Ainsi, il m’arrive parfois de composer uniquement à partir de l’image, sans lire les descriptions, mais dans d’autres cas, je lis d’abord la description sans voir l’image. De cette manière, écrire de la musique pour les personnages devient plus simple. Mais j’admets qu’il est difficile de retrouver la chanson originale une fois qu’elle est terminée (rires).

J’ai toujours aimé travailler avec des chanteurs. Le réalisateur ne m’avait pas imposé cette contrainte, mais j’ai pensé que ce serait une belle chose que de travailler avec des voix pour les chansons-thème. Fort heureusement, le réalisateur a aimé ces chansons, et plus je composais, plus cela me plaisait, au point que j’en faisais parfois un peu trop (rires).

Ce CD comporte 3 chansons qui correspondent à 3 personnages principaux, Tsukasa, Subaru, et Aura. Pour être honnête, les chansons de la bande-son en disent plus sur les personnages que les paroles des chansons-titre. En entendant certaines chansons du dessin animé pour la première fois, l’on ne comprend pas forcément de quoi il en retourne, mais en consultant les textes du livret qui accompagne le CD, on voit les chansons sous un autre angle. En tant que compositrice, je recommande vivement cette démarche. La chanson "The World" n’a pas été écrite pour exprimer le caractère d’un personnage : elle est née des discussions avec le réalisateur, et du fait d’avoir consulté les divers croquis et propositions qui ont éveillé en moi une foule d’impressions vis-à-vis du projet. Les paroles de "The World" reflètent bien mon état d’esprit lors de mes travaux sur ".hack//SIGN". Enfin, pour ce qui est de la chanson "Obsession", je pense que ce sera un grand plaisir de l’interpréter en karaoke, sans prendre garde au texte, et en imposant son style personnel (rires).


 

 

 

 

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